Ce que le manager peut faire lui-même pour prévenir les risques psychosociaux
Une réorganisation ou un nouvel outil peut mettre en difficulté des salariés qui savaient tenir leur poste. Cela arrive quand le nouveau travail leur demande d’autres compétences, pas forcément plus élevées, et qu’on ne les y prépare pas. Le rapport sur les risques psychosociaux remis au ministre du Travail en avril 2011 appelle cela un « désajustement ». Il cite des salariés qui ont dû passer « dans les années 2000 à des postes de vendeurs, de téléconseillers et de hotliners ».
Le rôle du manager dans la prévention des risques psychosociaux se joue d’abord dans le travail de l’équipe. C’est là que ces risques se repèrent : des absences, des erreurs, des départs, des objectifs flous, des consignes qui se contredisent. Ce qui dépend de vous, vous pouvez le corriger vous-même, en ajustant le travail et en aidant l’équipe à parler de ses difficultés. Ce qui ne se règle pas dans l’équipe, vous le faites remonter à la direction, avec vos propositions.
C’est aussi la ligne du guide publié le 2 juin 2026 par l’Anact avec la Cnam, l’INRS, la CCMSA et Présanse : les managers y sont « de plus en plus responsabilisés en matière de prévention », mais « ils ne peuvent pas tout faire tout seuls ».
Six familles de facteurs, toutes tirées du travail
Le rapport de 2011 regroupe les facteurs de risque en six familles : l’intensité et le temps de travail, les exigences émotionnelles, une autonomie insuffisante, la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail, les conflits de valeurs et l’insécurité de la situation de travail. Toutes décrivent le travail lui-même. C’est ce qui les rend utiles au quotidien.
Le guide de l’INRS destiné aux managers, révisé en juin 2026, vous demande d’être « attentif aux changements de comportements (irritabilité, pleurs, repli sur soi, agressivité, conflits…) ». Quand cela arrive, la grille donne une piste : chercher ce qui a bougé dans le travail de la personne, par exemple une charge qui déborde ou des relations qui se tendent. Si nécessaire, vous pouvez aussi l’orienter vers le service de prévention et de santé au travail.
Objectifs et consignes, la part que vous tenez déjà
Dans la famille de l’intensité et du temps de travail, le site de l’INRS range « les contraintes de rythme, l’existence d’objectifs irréalistes ou flous, l’exigence de polyvalence non maîtrisée, les instructions contradictoires ». Vous fixez ou relayez ces choses chaque jour. Une partie de la prévention passe donc par des gestes que vous faites déjà, comme préciser un objectif trop vague ou trancher entre deux consignes qui se contredisent.
Le guide de l’Anact ajoute un geste moins évident : « faciliter les échanges sur les difficultés liées aux activités ». En pratique, il s’agit de demander à l’équipe ce qui gêne son travail.
Ce qui ne se règle pas dans l’équipe
Un objectif fixé par la direction qui reste flou, ou une réorganisation décidée sans vous, dépasse ce que vous pouvez corriger seul. Le guide de l’Anact prévoit ce cas : il s’agit de « faire remonter à la direction les problèmes qui ne peuvent être réglés dans l’équipe et les propositions d’amélioration ». Venez donc avec le problème et une idée pour le régler.
Vous pouvez aussi demander pour vous-même. D’après le même guide, les managers ont besoin, pour tenir ce rôle, « d’attentes claires sur le sujet », « de moyens adaptés : temps, priorités, possibilité de monter en compétence, appui technique » et « d’écoute et de soutien de la direction ». Le moment où vous faites remonter un problème est le bon pour réclamer du temps, des priorités ou un appui technique.
Annoncer tôt, même sans avoir toutes les réponses
Reste le moment où vous annoncez un changement. Le guide de l’INRS l’écrit ainsi : « Annoncer les changements au dernier moment crée sans doute la situation la plus défavorable pour les salariés. » Il conseille de communiquer « suffisamment tôt sur les changements » et de laisser « le temps à la réflexion ». Il demande aussi d’annoncer « la réalité telle qu’elle est, sans faire de promesses ou livrer des informations dont vous n’êtes pas certain ».
Annoncer tôt ne vous oblige pas à tout savoir. Vous pouvez dire ce qui est décidé et ce qui ne l’est pas encore, puis revenir vers l’équipe quand les choses se précisent.
Quand un salarié compétent change de métier
C’est pendant ces changements, « organisationnels ou technologiques, aujourd’hui courants », que le rapport de 2011 situe le désajustement. Il ne touche pas seulement les postes plus exigeants : il guette aussi quand les compétences demandées sont « qualitativement différentes ». Le rapport du collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux, remis au ministre du Travail en avril 2011, renvoie à l’audition de Xavier Zunigo, aujourd’hui dirigeant d’Olystic Works, et de Loup Wolff pour décrire des salariés « très qualifiés, mais pour un autre métier que le nouveau qu’on leur a imposé », donc « désajustés ». Olystic Works, cabinet indépendant de prévention des risques psychosociaux, a été fondé par Xavier Zunigo, docteur en sociologie.
Le guide de l’INRS demande de former et de laisser du temps : « en cas d’évolution du métier et des techniques, formez vos salariés et laissez-leur le temps de s’habituer à la nouvelle situation, de stabiliser leur apprentissage, de mettre en place de nouveaux repères ».
Au prochain changement annoncé dans votre équipe, prenez la liste des personnes concernées et posez-vous une question pour chacune : son nouveau poste lui demande-t-il d’autres compétences que l’ancien, même s’il n’est pas plus difficile ? Si c’est le cas, demandez à la direction, dès l’annonce, la formation et le temps d’adaptation qui vont avec.
Sources
- Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, ministère du Travail – Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser (2011) : https://travail-emploi.gouv.fr/mesurer-les-facteurs-psychosociaux-de-risque-au-travail-pour-les-maitriser
- Anact, avec la Cnam, l’INRS, la CCMSA et Présanse – Risques psychosociaux, des clés pour une prévention adaptée (2026) : https://www.anact.fr/guide-risques-psychosociaux-des-cles-pour-une-prevention-adaptee
- INRS – Risques psychosociaux. 9 conseils pour agir au quotidien, ED 6250 (2026) : https://www.inrs.fr/dam/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-6250.pdf
- INRS – Prévenir les risques psychosociaux (RPS), facteurs de risque (sans date) : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/facteurs-risques.html